dimanche 11 janvier 2009
Le hargneux
Mon médecin a changé d'adresse. J'aide une jeune mère et son enfant qui se rendent à la même destination que moi à arriver à bon port, si bien qu'elle me cède la première consultation. 10H30. Personne n'est encore là. Mon esprit se brouille. Je ne sais plus très bien si j'ai vu le toubib ou pas, mais il faut que je rentre à la maison familiale. A la télé passe « Le hargneux », un vieux film français en noir et blanc. Ah les œuvres des années 60 sont souvent tellement délicieuses. Tiens, voilà Yoann qui traverse le salon. Yoann, c'est mon premier amour secret, mon meilleur ami de collège qui m'a fuit vers 20ans quand il a cru comprendre que j'avais le béguin, bien des années après péremption. Il a l'air fermé, aigri. Il fait ce qu'il a à faire. Et comment va sa mère? Aïe, nerf sensible. Elle est en fin de vie dans un hôpital sur Belleville. Elle traîne un cancer depuis 2ans. Oh le pauvre! Ma mère tente de l'envelopper de paroles consolatrices tandis que je lui exprime ma compassion en lui posant ma main sur l'épaule, mais il la repousse, en tough guy qu'il fait mine d'être devenu, même si je n'y crois pas une seule seconde. C'est curieux d'avoir un hargneux sur l'écran télé et un autre en chair et en os, simultanément. J'aimerais lui dire que s'il veut rester dormir puisque ce n'est pas très loin de l'hôpital, ma porte restera toujours ouverte, mais je sais qu'il ne voudra jamais.
samedi 10 janvier 2009
Le meurtre de l’Amour
C’est une belle journée printannière. Maman en a profité pour ouvrir le velux de sa chambre pour aérer. Tiens, qu’est-ce donc que ce stylo noir qui voltige de dehors pour aterrir ici ? Et un autre ! Et encore ! Et des dizaines d’autres ! Mais qui peut bien nous attaquer ! Aïe, mon pied ! Mais ça fait mal ! J’ai beau tenter de refermer, comme le système est cassé et ne peut parfaitement s’obturer, les stylos débordent par toutes les ouvertures. La chambre est maintenant inondée de milliers de stylos jusqu’à la cuisse. J’enrage ! J’aperçois l’assaillant : un bel adolescent roux et bouclé qui nous envoie des salves avec son arc. C’est Cupidon ! D’où se permet-il ? Dieu ou pas, je sors en découdre avec lui. Tiens ! Je lui plante un de ses maudits stylos dans le thorax ! En plein cœur ! L’éphèbe inexpressif s’éteint doucement. HAHAHAHA ! Tu l’as cherché connard !
dimanche 26 octobre 2008
Le nouveau gouffre
Tout se passait bien dans mon nouveau travail. Un cadre prometteur, une hiérarchie digne de ce nom, posée et à l’écoute, des fonctions stimulantes avec des objectifs réalistes. Un mois bientôt que j’y suis et je m’y sens déjà chez moi, si bien que j’en profite pour envoyer un mail perso pour rendre compte de cet agréable nid à je ne sais quel ami. J’y narre les atouts, la direction un peu guindée et son genre coincé. Il n’en faut pas plus pour la voir débarquer et me signifier que notre collaboration va cesser. Quoi ? Pardon ? Mais c’est pas un peu disproportionné ? Ils font ça si bien que je m’écrase et perçois toute l’étendue de ma condition misérable de mécréant. La directrice va personnellement se charger de contacter mes anciens employeurs pour leur demander un inventaire de tout ce qui n’allait pas chez moi pour mieux me griller dans le milieu. Ça veut dire qu’elle va se mettre en relation avec le gouffre ? Ce lieu ignoble qui m’a tant dévasté ? Que l’humiliation est grande ! Alors que je m’identifie progessivement et douloureusement à cet infâme personnage pour lequel on veut me faire passer, je m’interroge sur ce que je vais devenir. L’horizon s’obscurcit, s’opacise. Un nouveau gouffre s’ouvre sous mes pieds.
Mon deuxième frère revient de ses cours. Je lui pique ses chaussures de sport et deux très longs feutres verts pour m’en faire des échasses et jouer au ninja qui peut marcher sur l’eau dans une piscine découverte. Eh, tu vas me rendre ça ? qu’il me lance énervé. On chahute et allons dans la chambre des parents pour chercher des chaussettes propres. Quelle horreur ! Papa prend vigoureusement maman en levrette. Ils sont nus et avaient laissé leur porte entrebaillée. D’ailleurs ils continuent à forniquer comme si de rien n’était. Beurk !
jeudi 16 octobre 2008
Amour et haine avec Dolphi

Décors d’entrepôts poussiéreux baignés de lumière jaune pâle. On y fait des travaux, des tunnels, le béton est entamé. D’outre tombe surgit Adolph Hitler du bout du couloir, cheveux blancs, sans moustache, on dirait un vieux papy, on ne dirait même plus lui mais je sais que c’est lui ! Je suis prêt à le contrecarrer et nous nous battons en duel avec des lances. Il a beau avoir une bonne garde, et ne craindre aucun coup car déjà mort, je suis plus agile et je lui assène de belles bottes surtout avec mon arme à double lame. Bientôt l’enjeu se trouble et vire à une scène de corps à corps sexuelle avec lui et une autre femme. Tous les trois nous nous frottons les uns contre les autres, nus, à même le sol.
dimanche 31 août 2008
Vanilla Ice
Transposition de mon lieu de travail dans une large vallée avec de plaisantes promenades.Une collègue profite d’une conversation banale pour me demander si j’ai une ou un bien-aimé, ce à quoi je ne souhaite pas répondre pour le moment mais me dis que ma non réponse en était malgré tout une. Les autres filles ont l’air d’en savoir plus long que je ne pensais. Damned ! Pendant mon absence beaucoup de choses se sont apparemment passées. Une rousse et une brune font une journée d’essai à l’issue de quoi il n’en restera qu’une. Quel procédé désolant. La secrétaire me glisse que la directrice avait trouvé qu’il y avait un problème avec moi lorsqu’elle m’a recruté. Elle en a trop dit ou pas assez là. Ça me démange de creuser auprès des uns et des autres mais je devrais peut-être faire abstraction. Mon collègue préféré et moi allons à l’autre bout de la vallée accueillir des jeunes. Puisqu’il n’y a personne et que je me sens horny, je sors mon attirail pour m’astiquer un peu devant lui. Joueur, il se joint à moi pour une sympathique branle entre potes, révélant un outillage bien plus imposant que ce que je m’imaginais. « Mazette, t’es ultra bien membré ! ». Modeste, il fait pas plus le fier et nous devons déjà tout remballer car voilà que du monde arrive. La vision lancinante de son engin m’obsède si bien que je profite d’une pause avec l’étalon pour le désaper, lui badigeonner la tige de glace à la vanille. Je la veux, je veux la bouffer goulument, je veux qu’il me prenne avec !
dimanche 10 août 2008
L'animal est tenace
Tension routinière au bureau mais plus communicative que prévue. Voilà que mon collègue préféré sort de son bureau en courant et en sanglots pour échapper au monsieur pénible qu'il reçoit. Mazette, qu'est-ce qui lui vaut une telle défaite ? Le monsieur récalcitrant s'est fait tempête, il a haussé le ton, l'a apparemment fortement malmené verbalement et couvert de menaces. Il l'a poursuivi un peu mais semble s'être évaporé. Pauvre de mon collègue, si solide d'habitude. La directrice est prévenue et nous sommes tous compatissants pour lui. Je me dis qu'il est enfin au même niveau que moi avec mon lot de personnages pathibulaires. Ciel ! La tempête est de retour ! Le voilà qui sort une arme à feu et grommelle contre toute l'équipe ! Au même moment des renforts de police débarquent pour cerner les locaux. Qui c'est la bonne poire qui va servir d'otage pour servir et de bouclier humain ? Moi... Génial... Par bonheur il me lâche aussitôt sorti dehors et se fait immédiatement faisander de tous côtés. L'animal est cependant tenace. Il résiste et décide de se donner lui même le coup de grâce en se tirant plusieurs balles dans le gosier jusqu'à ce que mort s'ensuive. Le spectacle est terrible. Salive et sang coulent en filets. Le sommet de la boîte cranienne se prend pour un siège éjectable en emportant une partie de cervelle. Encore quelques secondes d'agonie et notre malfaiteur expire enfin de son dernier soupir, nous laissant tous plus éprouvés que soulagés.
vendredi 13 juin 2008
Tsunami, mon ami 4
Mon collègue préféré et moi nous élançons sur une magnifique plage déserte. Allons nous prendre quelques vagues ! Alors que nous entrons à peine dans l’eau j’aperçois de gros murs d’eau se former au loin, au ralenti, roulant sur eux-mêmes et prêt à tout dévorer tels des fauves impatients de se jeter sur leurs proies. Un vent violent nous arrive d’abord, annonciateur de la tempête, puis la mâchoire liquide commence enfin à bouger. Mon dieu ! Il faut courir ! Nous nous séparons dans la catastrophe. 100m de sable me séparent maintenant de l’eau. Je ne peux m’empêcher de me retourner pour voir la plage se disloquer complètement sur elle-même et être avalée. Le vent et l’eau se mélangent et m’étouffent. Je me noie.
mardi 10 juin 2008
Esprit des noyés
Nul besoin d’iceberg au milieu de l’océan pour faire naufrage, il suffit d’un fleuve. Je fais partie d’un petit groupe de personnes qui a tout juste le temps de se poser dans une embarcation de secours avant que le petit navire ne chavire totalement. Les derniers âmes se laissent tomber à l’eau sans résistance et se noient instantanément pour renflouer en nombre les esprits des pauvres défunts du fleuve. Leur addition fait franchir un seuil d’énergie mystique à partir duquel un phénomène inquiétant s’opère. Voilà donc que s’agglutinent tous les ectoplasmes pour former une masse fluide et sombre, démoniaque et malfaisante, qui n’a pour autre but que de nous détruire. Elle se matérialise en un homme barbu et chevelu tel un redneck du bayou, qui
se met à courir vers nous pour nous tuer. Personne ne le voit sauf moi. Par bonheur, il avance moins vite dans l’eau que nous sur notre barque. Qu’importe, il reprend sa forme fluidique et nous pistera à travers les égouts jusque dans nos maisons ! Quand on parle du loup… je ne suis pas rentré chez moi depuis une minute qu’un gros chien noir me saute dessus en me mordant la main ! Le molosse m’a certainement broyé des doigts mais je ne me laisserai pas faire ! Je le mords à mon tour aussi férocement ! Je lui croque une narine, je lui arrache des bouts de museau et le jette du haut de l’escalier ! Le voilà vaincu, mais je sais bien que la force reviendra à la charge, encore et encore.
vendredi 6 juin 2008
Voir l'Etna et mourir
Que les soirées sont animées dans les villages siciliens ! Mon bien-aimé et moi nous baladons dans la grande rue festive. Elle monte sec jusqu'à l'Etna. Soudain un craquement perce la terre et le ciel. Le volcan s'énerve et crache une boule de feu qui se dirige droit vers nous ! Oups, on ferait mieux de descendre et plus vite que ça ! Les énormes projectiles tombent ici et là tandis qu'un ruisseau de lave serpente déjà loin devant nous. La course devient aussi folle que le décor angoissant. Nous sautons le plus loin devant nous pour nous écraser dans un tas de terre meuble mais brûlante. On va tous mourir !
mercredi 14 mai 2008
Memento arte
A l’occasion d’une sortie scolaire dans les châteaux médiévaux, la prof d’histoire nous laisse carte blanche pour réaliser d’ici ce soir un travail à rendre. Faisant équipe avec ma cousine, je sens d’ici tous les sujets convenus que les uns et les autres vont prendre. Ma cousine tente de m’entraîner loin des lieux à la pêche à l’inspiration, mais pourquoi aller plus loin ? Les murs du château racontent toute l’histoire de l’art. Des juxtapositions de peintures de styles très différents tapissent les parois du fort, il y a même des graffs Disney. Le dossier prend forme sous forme de cahier fait main avec des collages et des bouts de ficelles comme dans le film Memento Mori. Il me donne envie d’y noter mes rêves aussi.







