dimanche 26 octobre 2008
Le nouveau gouffre
Tout se passait bien dans mon nouveau travail. Un cadre prometteur, une hiérarchie digne de ce nom, posée et à l’écoute, des fonctions stimulantes avec des objectifs réalistes. Un mois bientôt que j’y suis et je m’y sens déjà chez moi, si bien que j’en profite pour envoyer un mail perso pour rendre compte de cet agréable nid à je ne sais quel ami. J’y narre les atouts, la direction un peu guindée et son genre coincé. Il n’en faut pas plus pour la voir débarquer et me signifier que notre collaboration va cesser. Quoi ? Pardon ? Mais c’est pas un peu disproportionné ? Ils font ça si bien que je m’écrase et perçois toute l’étendue de ma condition misérable de mécréant. La directrice va personnellement se charger de contacter mes anciens employeurs pour leur demander un inventaire de tout ce qui n’allait pas chez moi pour mieux me griller dans le milieu. Ça veut dire qu’elle va se mettre en relation avec le gouffre ? Ce lieu ignoble qui m’a tant dévasté ? Que l’humiliation est grande ! Alors que je m’identifie progessivement et douloureusement à cet infâme personnage pour lequel on veut me faire passer, je m’interroge sur ce que je vais devenir. L’horizon s’obscurcit, s’opacise. Un nouveau gouffre s’ouvre sous mes pieds.
Mon deuxième frère revient de ses cours. Je lui pique ses chaussures de sport et deux très longs feutres verts pour m’en faire des échasses et jouer au ninja qui peut marcher sur l’eau dans une piscine découverte. Eh, tu vas me rendre ça ? qu’il me lance énervé. On chahute et allons dans la chambre des parents pour chercher des chaussettes propres. Quelle horreur ! Papa prend vigoureusement maman en levrette. Ils sont nus et avaient laissé leur porte entrebaillée. D’ailleurs ils continuent à forniquer comme si de rien n’était. Beurk !
vendredi 8 juin 2007
Les tortues se cachent pour pleurer
Il y a trop de gens qui aiment mon ami le maître aux tortues. Il n’est pas encore là mais je suis venu l’attendre chez lui avec quelques autres de ses connaissances, que je ne porte pas toutes dans mon cœur. Il y a son grand amour marocain, son ami coiffeur de Montpellier, un jeune et joli flirt maghrébin, et même des membres de sa famille. L’attente s’éternise, l’assemblée s’impatiente, se met à grincer des dents et médire sur son compte. La coiffeuse dit que comme à son habitude, il n’est pas fiable, on peut jamais compter sur lui. Le flirt se met à douter et songe à voir ailleurs. La tension est à son comble quand enfin arrive le bouc émissaire. Tout le monde lui saute à la gorge pour lui lancer des reproches. Les faux frères lui renvoient à la figure qu’il n’est jamais à l’heure, les parents lui reprochent son inertie, et veulent l’abandonner. Oh la, je n’aime pas du tout la tournure des événements ! C’est vraiment pas le moment de l’écraser avec tout ce qu’il vit en ce moment, il souffre déjà bien assez ! Trop tard, le maître aux tortues craque et s’effondre en larmes. Il court se réfugier dans la salle de bain où je le rejoins en nous enfermant. Je dois le réconforter, le protéger de tous ces importuns. Je lui tends un mouchoir et le prends par les épaules. Que mon regard plongé dans le sien lui donne de la force. Ça va aller mon cher maître, je suis là, ça va aller.
dimanche 4 mars 2007
Dommage que tu sois mort
Papa vient de mourir d’un cancer généralisé. Expéditivement. Même pas le temps d’apprendre qu’il était malade qu’il est déjà mort. Ma cousine me transmet ses condoléances. Qu’est-ce qu’on va devenir ? Mes frères et moi allons devoir mettre de côté nos petits projets individuels pour aider maman à garder la maison. Il va falloir se couper en quatre. Dire que je ne l’aurai eu que 25 ans dans ma vie. Mon dernier frère est dévasté. Pour le consoler je le prends dans mes bras. J’ai envie d’appeler mon bien-aimé, mais aussi mon ami de Boston. Maman est tout à coup un homme blond peu vêtu à la beauté renversante. Je ne la reconnais pas mais c’est bien elle. Aïe, j’ai une molaire qui se déchausse. Impossible de la remettre en place, en plus, ma mâchoire ne se referme même plus. Une nouvelle couronne va encore me coûter la peau des fesses.
mercredi 21 février 2007
Du gouffre aux fourmis
Jamais je ne sortirai de mon indécrottable poste de subalterne au fond du gouffre, mon ancien lieu de travail. Tiens, ces harpies de chefs de service recrutent ! Elles auraient pu me le dire ! Elles reçoivent en entretien un jeune et beau et grand cadre dynamique, monté sur ressorts. Son allure m’exaspère déjà. Le voilà qui pavoise auprès de ma collègue rivale qui m’a piqué mon poste. 2 ans de chômedu… Je les déteste ! Ils se la ramènent en discutant de Revault d’Allonnes. Je me casse sinon je vais en tuer un. Dans les couloirs du métro je me rends compte que j’ai oublié ma veste avec mes clés à l’appart. Je suis donc enfermé dehors ? Ah non, c’est l’ami au surnom de rongeur assis un peu plus loin qui la porte. Ce n’est plus lui ni mon manteau quand je saisis mon habit. L’instant d’après, me voilà qui déambule dans un parc avec des pavillons d’architecture moderne avec leurs baies vitrées. On y fait des recherches et des expos scientifiques. Observez le vivarium des fourmis dans l’unité d’entomologie. Bah, en fait je vois pas ce qu’elles ont de spécial.
mardi 2 janvier 2007
Le jour où le temps s’arrêta
Le temps s’est arrêté dans le monde pour le plus grand désarroi de l’humanité. Certains continuent à mener leur vie comme si de rien n’était, tandis que d’autres choisissent de tenir un siège en réaction à l’absence de futur. Dans une entreprise par exemple, les employés ont choisi d’apporter le plus de plats cuisinés maison possible pour un buffet perpétuel. Ce sera un festin sans plaisir, une grande bouffe qui n’aura de mortel que l’ennui profond d’une vie sans avenir comme cadre. En ville, sur un pont au-dessus d’une voie ferrée, une jeune fille inquiète prend à partie un facteur sur ce qu’il faut faire. Tout souriant, il lui répond que même s’il continue de travailler, il ne sait pas non plus à quoi ça mène. Sur ce, il saute du pont et s’écrase quelques dizaines de mètres plus bas. Très synchronisé, un train à toute allure vient finir le travail. Voilà de quoi être traumatisé pour longtemps, mais de toutes façons, plus rien n’a d’importance.
samedi 7 octobre 2006
Comment célébrer la mort de nos ancêtres
A l’occasion d’un mariage juif j’accompagne une ancienne camarade de fac et quelques amis à elle. L’événement a lieu dans un des bâtiments très classe situés dans un magnifique parc. Pour tout avouer je n’y assisterai pas malgré son insistance.
Je suis venu célébrer l’anniversaire de la mort de mon grand-père qui, comme par hasard, se déroulera dans le bâtiment voisin. L’émotion me gagne à mesure que je m’en approche. Elle me propose alors de la rejoindre aux festivités quand j’aurai fini, mais non, je refuse, je serai pas d’humeur. Nous nous séparons ici. Une famille juive endeuillée sort en larmes du bâtiment. Ici les cérémonies s’enchaînent coup sur coup. A l’intérieur, on dirait une église.
Un buffet est disposé au centre de rangées de chaises. Mon père m’a demandé de cuisiner. J’ai fait sauter des crevettes, préparé du riz parfumé, des carottes râpées, et du rôti de grand-père. Mmmh ça sent délicieusement bon. Il a fallu exhumer son corps, découper de grosses pièces de sa dépouille pour les assaisonner et les mettre au four. Je me demande alors si c’est très bon d’utiliser une viande plus fraîche depuis un an… Et années après années, elle sera de moins en moins bonne ? Est-ce raisonnable de continuer de manger grand-père ?
dimanche 18 juin 2006
The taste of joblessness
Vision d’une série télé avec des jeunes lycéens des années 80. Leur gestuelle raide et agitée quand ils font la fiesta est tellement caractéristique de cette époque.
Enfin je décroche un entretien et pas avec n’importe qui ! Avec Michel Tremblay le fameux romancier québecquois ! C’est pour un pauvre poste de bas étage dans une gare SNCF pas très bien payé en plus, mais le recruteur qui n’est plus tout à fait le prestigieux auteur m’explique qu’il faut être dégourdi, savoir se fixer des repères pratiques, et puis être bilingue anglophone, d’ailleurs l’entrevue se poursuivra en anglais please. Il me montre les installations et tient à me faire visiter tout de suite toutes les gares du département dans un circuit en voiture, ça ne prendra que l’après-midi. Euh mais je croyais que c’était pour plus tard, pour le second entretien ça… Comme sa manœuvre me semble suspecte, je prétexte avoir déjà des choses prévues à faire mais le bonhomme insiste, il tient à sa tournée maintenant, et puis comme ça on pourra faire notre affaire tranquille, embauche à la clé. Eh ben je l’avais bien vu venir : il faut coucher pour signer le contrat. Dans ce cas c’est même pas la peine ! Retournant sur le quai pour rentrer, j’ai vaguement le souvenir de l’avoir déjà croisé sur un site de dialogues où il m’avait dragué vertement, ou peut-être que c’est même 


un ancien amant de la catégorie des « je suis tombé bien bas ». Dans la gare, des vitrines marchandes avec des peluches trop mignonnes et rigolotes de top modèles m’amusent. Je reconnais celles de Jessica Alba, Werner Schreyer, Greg Hansen et David Beckham !
Scène de réveil dans la maison familiale avec la persistante sensation d’échec dans cet entretien. Maman a préparé le petit déjeuner pour mon dernier frère avant de décoller en formation. Elle a même eu la si délicate attention de me laisser des sandwiches au pain de mie achetés tout faits à Carrouf, peu apétissants, avec des ingrédients desséchés et des tomates quasi lyophilisées. Comme c’est curieux, ils ont le goût de l’idée que j’ai du chômage.
lundi 12 juin 2006
Spleen prohibited
Oncles tantes et cousins débarquent dans la maison familiale pour réquisitionner les fourneaux en vue de préparer un festin. Bœuf bourguignon ou ragoût, ça mijote lentement, très lentement. Aurai-je le temps de faire un saut à la piscine ? Mais ça serait mal vu si je revenais qu’à 14h et mangeais après tout le monde. Sautant directement à la case dessert, mon cousin historien me demande où j’en suis de mes démarches qui durent depuis fort longtemps. Eh bien toujours pas de réponse. Il me rétorque que j’en fais pas assez. Il ose. Comme si c’était aussi simple que ça de trouver, mais il me coupe, j’en ai pas fait assez, point final. Décidément il a rien compris à rien. Les idées noires m’enveloppent, se nouant en un garrot autour de mon esprit. Quand tout cela cessera-t-il ? Basta ! J’aimerais tant en finir pour de bon, je ne vois que ça.
Plongée dans la science-fiction et l’aventure dans un monde où des robots sous la coupe d’un riche industriel traquent des humains renégats. Ambiance de course poursuite. Les androïdes étaient des femmes qui ont opté pour la mécanisation de leurs corps. Tout émotion triste est désormais prohibée et justifie une mise aux arrêts sans pitié. Voilà ce qui est reproché aux renégats. L’un d’eux est repéré par un des robots-servantes du grand patron. Sur le point d’être arrêté il avoue un secret sur la sœur de celle-ci : elle souffrait d’une maladie incurable, et le big boss n’a rien fait pour l’aider. Il l’a laissée mourir comme un chien. Nooooooon ! s’effondre la domestique de métal, qui emportée dans des affects illégaux décide de se suicider. Le mode désactivation définitive est enclenché, son corps s’affaisse inerte, tandis qu’une sorte d’épaisse visière métallique bleue lui recouvre le visage.
Présence de l’ami du Trésor, pour un exercice d’escalade à plusieurs garçons qui s’empilent les uns sur les autres.

Je redécouvre la série Gash Bell et sa guerre des 100 démons avec mon frangin. Qu’est-ce que c’était hilarant ! Je me souvenais pas que c’était aussi comique ! Un démon a le pouvoir d’en fabriquer d’autres et de les manipuler. Il en façonne un qui ressemble à un Dark Vador en carton pâte, spécialement ridicule, et le baptise Zador. Entre deux attaques, leurs maîtres se tapent dans les mains comme deux geeks à une convention Star Wars. Trop poilant !
Et si je redemandais à mon ancienne auto-école 10h de cours de conduite ? Errant dans les rues dans des raccourcis qui n’en sont pas, je n’arrive qu’à l’heure de fermeture, au moment où la prof est débordée à discuter avec ses élèves. Et elle ne me reconnaît même pas. Tant pis, je me débrouillerai bien tout seul au volant alors.
lundi 29 mai 2006
Somebody save me
A la télé passe le clip de « Save me » de Remy Zero mais il est différent de mon souvenir. Des gens y sont attachés à des arbres. Ambiance de jeu de société avec l’ami hispanophile.
En famille ou en classe, la sortie de groupe à la piscine est d’un compliqué, surtout sans avoir pu ramener mon matériel… Il va falloir tout acheter sur place, le bonnet, les lunettes de plongée… Je n’ai pas eu le temps de faire trempette et c’est déjà l’heure de partir. Les
dames de ménage éteignent les vestiaires sauf une dernière lumière le temps que je me rhabille, tandis que toute la classe m’attend. Les choses se mélangent, la sortie scolaire nous a conduit dans un hôtel avec des cabines de vestiaires en bois qui sont aussi des sanitaires. A moitié défroqué et sur le trône, je découvre la disgrâce du rouleau de papier touchant à sa fin. C’est avec la plus grande discrétion que je fais l’aller retour vers la porte d’entrée où se trouve la pile de recharge, en espérant ne pas être pris en flag. Les cabines de toilettes deviennent des écuries. Je m’y retrouve coincé avec le père de ma meilleure amie. Elle m’avait confié sans s’y étendre une enfance dans un climat familial incestueux.
Il va me faire subir ce qu’elle a enduré. Habillé en robe de bure, il s’avance vers moi comme une créature cronenbergienne, malsaine et difforme. Sa tête s’enfonce dans ses épaules, se redresse. Sous son habit je devine son corps visqueux, tentaculaire, hésitant entre des moments d’anthropomorphisme et d’amorphisme. Ses doigts s’infiltrent dans mon pantalon, et prennent connaissance de mon périnée. Frappé d’expectative infantile, je ne comprends pas trop ce qui m’arrive. Les cris sont hors de ma portée, tout comme le cran de résister, et d’appeler à l’aide. Pauvre de moi, pauvre d’elle ! C’est donc cette ignominie qu’elle a vécu.
lundi 15 mai 2006
Suicide-moi
Trop c’est trop ! L’ami thésard historien est au bout du rouleau, il n’en peut plus de la vie et veut y mettre un terme. Puisque je suis un bon ami je lui demande si je peux faire quelque chose, l’aider en quoi que ce soit,
à se passer la corde au cou par exemple. Ah oui ? Ce serait si aimable, qu’il répond. Je disais ça en plaisantant, mais en amitié ma loyauté et ma fidélité sont connues pour être véritables et profondes. Oui, s’il le souhaite, je suis prêt à l’accompagner dans la mort et braver mon éthique. Il essaie de se pendre à la rampe d’escalier avec un lacet. L’axphixie est comme une danse de soubresauts. Courage, c’est bientôt fini. C’est ce que je me dis surtout pour moi car au-delà de mon engagement, je n’ai au fond pas très envie qu’il réussisse. Le lacet craque et l’ami historien s’écrase au sol. Pas grave, il récidive plusieurs fois avec des cordages de plus en plus solides, m’offrant le spectacle de ses agonies ratées toujours plus pénibles à regarder. Quelle angoisse. Cette fois-ci sera la bonne ! La corde est on ne peut plus épaisse et la potence choisie en hauteur sur une façade d’immeuble. Pourvu qu’on ne nous surprenne pas. C’est parti la danse de saint Guy au-dessus du sol. C’est abominable, proprement insoutenable. Je ne voulais pas ça ! Je crois ne pas être assez solide pour assumer ça, ne meurs pas, surtout, ne meurs pas !
Mon père malade a besoin de soins. Je me charge de le faire hospitaliser. En chemin, je traîne devant une boutique de savons, d’où j’en pique un crémeux et bleu. Sur place je me pose une perfusion dans le bras par méprise. J’avais oublié que c’était pas moi le patient. Suscitant la méfiance du personnel, je me fais questionner par un soignant que je parviens à esquiver avant de prendre la fuite. Le chemin vers la maison passe par mon ancien lieu de travail que je hais et que j’abhorre.
Pourvu qu’on ne me reconnaisse pas ! C’est peu probable avec mon maquillage bleu (c’est le savon bleu passé sur tout le corps), ma perruque blonde et mon déhanchement de bimbo, version Schtroumpfette Bitch. Inéluctablement mes pas me mènent dans ce gouffre maudit devenu boutique de fringues, mais je parviens malgré tout à abréger mes souffrances en y restant le moins longtemps possible. Trop tard, deux ex-collègues ont percé à jour mon identité, je suis démasqué au moment de décamper.




